Le système fiscal européen actuel résulte encore d'une époque où il n'était pas question de mondialisation. De même, les ordinateurs et les robots capables de remplacer les travailleurs n'étaient pas à l'ordre du jour. Les ressources naturelles semblaient inépuisables et les effets nocifs du modèle de consommation 'exploiter-fabriquer-jeter' (take-make-waste) étaient vagues. Pour les autorités, le travail était une vache à lait lucrative et fiable.

Du point de vue historique, les autorités occidentales ont donc toujours allègrement levé des impôts sur le travail. En 2012 encore, le travail comptait pour pas moins de 51% de l'ensemble des recettes fiscales, alors que les impôts sur les ressources naturelles et la consommation ne représentaient que 6% du total des recettes fiscales. Un péché, d'autant que la fiscalité élevée du travail pousse les entreprises à licencier du personnel, alors que de faibles impôts encouragent la surconsommation des ressources.

Un tax shift ou glissement de la fiscalité du travail vers la consommation et l'utilisation des matières premières s'impose aujourd'hui plus que jamais. Un nouveau plan. Pour une nouvelle ère. Pour l'Europe.

C'est pourquoi, dans le cadre d'une nouvelle étude intitulée 'New Era. New Plan. Europe.', le Projet Ex'tax analyse, en collaboration avec différents bureaux de consultance de renommée, l'impact d'un tel tax shift dans 27 États-membres de l'Union européenne sur la période de 2015 à 2020.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les résultats sont positifs. En effet, les prévisions montrent que le PIB (produit intérieur brut) de tous les États-membres augmenterait de 2,0% d'ici à l'horizon 2020 et l'emploi de 2,9% en moyenne. Ce qui signifie qu'environ 6,6 millions de citoyens peuvent être remis au travail.

Par ailleurs, outre l'impact intégré du scénario sur le capital financier, le bureau de consultance Trucost (partenaire de Naturalogic) a également calculé les avantages externes pour la société sur le plan du capital social (conséquences sur la santé de l'emploi par rapport au chômage) et du capital naturel (conséquences sur la santé de la réduction des émissions de CO2 et de la pollution grâce à une baisse de la consommation d'eau et d'énergie).

Ce tax shift signifierait que les 27 États-membres pourraient ainsi éviter 260 milliards d'euros de coûts d'ici à 2020 sur le plan de la consommation d'eau, de la pollution de l'air, de l'eau et de la terre, ainsi que des mesures prises dans le cadre du changement climatique.

Le rapport est la preuve qu'un tax shift du travail vers l'utilisation des matières premières et la consommation offre bel et bien une stratégie permettant d'aligner les systèmes fiscaux en vue des objectifs de la stratégie Europe 2020, des Sustainable Development Goals et du Plan d'action de l'UE pour une économie circulaire.

En outre, l'étude démontre comment un tax shift similaire peut promouvoir la croissance économique, créer de nouveaux emplois et contribuer à la réalisation des objectifs dans le but de maintenir le changement climatique sous le seuil de l'Accord de Paris.

Mais le rapport 'New Era. New Plan Europe' doit tout d'abord être un encouragement. Une véritable prise de conscience pour les décideurs dans nos entreprises ainsi qu'au sein de nos autorités publiques et un moyen de relancer la dynamique dont l'Europe a besoin dans sa quête de solutions en vue de relever les défis de notre époque.

Tous les résultats de l'étude sont disponibles, en Anglais, sur ce site : http://www.ex-tax.com/new-era-new-plan/

Eric Dierckx est le Directeur Général de Naturalogic. Depuis 2014, cette filiale du bureau de conseil CO2logic (experts climatiques), accompagne des entreprises en Belgique et à l'étranger pour les aider à dresser la carte de leur dépendance à et de leur impact sur le capital naturel. Aux yeux des entrepreneurs, la terre, la nature, les ressources naturelles, le climat, l'énergie, le sol, l'eau et l'air constituent le capital naturel avec lequel ils travaillent. Quiconque souhaite entreprendre pour l'avenir, se doit d'intégrer l'attention à ces ressources dans sa gestion d'entreprise.

En effet, le capital économique n'est pas durable sans capital naturel. Comme l'indique la Banque mondiale, une nouvelle mesure est nécessaire afin de mesurer le produit d'une économie : une mesure qui tient compte des richesses dans leur ensemble, y compris de la valeur de notre capital naturel. L'appréciation correcte et l'intégration du capital naturel dans les modèles d'entreprise permettront ainsi d'accélérer la transition vers un monde plus responsable et durable.