Soutenue par la reprise de la croissance chinoise et les grands noms des technologies, les Bourses mondiales ont atteint de nouveaux records et présentent désormais des multiples de valorisation très tendus. L'indice américain élargi S&P 500 s'affiche à près de 23 fois les bénéfices des 12 derniers mois, au plus haut depuis l'explosion de la bulle technologique. Pour Tim Ghriskey, directeur des investissements chez Solaris Group, "une stratégie anticonformiste consistant à acheter des valeurs malmenées pourrait être la bonne" en 2018.

Comeback de General Electric en 2018

Même si le S&P 500 a connu un excellent cru 2017 avec une progression de 20% à quelques jours du 31 décembre, une centaine de valeurs composant l'indice évoluent dans le rouge depuis le 1er janvier. Tim Ghriskey plébiscite tout particulièrement General Electric. Le conglomérat a perdu près de la moitié de sa valeur en 2017 en raison notamment des difficultés à suivre la transition électrique du charbon et du gaz vers les énergies renouvelables. Le spécialiste de Solaris s'attend à ce que la vénérable entreprise, reprise dès la première composition du Dow Jones en 1897, retrouve des couleurs en 2018. Il prévoit un retour à la croissance des résultats sous la direction d'un nouveau CEO. John Flannery a déjà entamé une simplification des structures et un recentrage des activités sur les équipements électriques, l'aéronautique et la santé. Après avoir cédé sa branche financière, son pôle électroménager et le groupe médias NBC, General Electric devrait encore vendre sa participation majoritaire dans l'équipementier pétrolier Baker Hughes et sa division historique : l'éclairage.

Une année noire pour les distributeurs

Jake Dollarhide, gérant du fonds Longbow Asset Management, affirme pour sa part miser tout particulièrement sur le secteur de la distribution. Malmené par une guerre des prix et le rachat de Whole Food Markets par Amazon, le secteur reprend des couleurs en décembre à la faveur de bonnes ventes de fin d'année. Jake Dollarhide mise tout particulièrement sur Kroger qui cote actuellement 14 fois ses bénéfices contre une moyenne historique de 27. Parmi les autres grands perdants de 2017 dans la distribution aux États-Unis, épinglons Advance Auto Parts (-40%), Footlocker (-32%) et Macy's (-27%). En Europe également, les distributeurs ont connu une année 2017 difficile. Carrefour a ainsi perdu plus d'un cinquième de sa valeur, malgré d'éphémères rumeurs de rachat par Amazon, et ne cote plus que 14,5 fois les bénéfices attendus en 2018. Cette sous-valorisation s'explique essentiellement par les pressions sur ses marges, Carrefour ayant usé des promotions pour accélérer sa croissance. Ahold Delhaize est encore meilleur marché à moins de 13 fois les profits prévus pour 2018, les investisseurs s'inquiétant des perspectives du distributeur très actif sur la côte Est des États-Unis et directement confronté au développement d'Amazon et à l'arrivée de Lidl sur le marché américain. Le numéro deux mondial du prêt-à-porter H&M et le spécialiste britannique des smartphones Dixons clôturent également 2017 sur une performance largement négative.

Mattel, le parfait contre-exemple

Parmi les autres grands perdants de 2017, épinglons Mattel qui a perdu au total les deux tiers de sa valeur depuis l'été 2013. Le fabricant de jouets est confronté à une demande en baisse et a rejeté les avances de son concurrent Hasbro. À noter que ce n'est pas la première fois que le groupe chute à contre-courant en Bourse. L'action du fabricant de jouets avait ainsi sombré de 80% en 1998-1999 avant de nettement rebondir en pleine explosion de la bulle technologique à partir de 2000.

L'or noir ne brille plus

Le segment parapétrolier reste également à la traîne : Baker Hughes, Schlumberg, Transocean, TechnipFMC, Saipem ou Petrofac ont abandonné entre 20% et 50% de leur valeur en 2017. Ils n'ont pas du tout profité du rebond du prix du pétrole, une hausse avant tout liée à la baisse volontaire de production par la Russie et l'OPEP. Il n'y a donc pas eu de véritable reprise des investissements, même aux États-Unis où le nombre de forages pétroliers stagne depuis le printemps.

Les (trop) endettés

Eu Europe, la fin d'année a été marquée par le plongeon des sociétés endettées. La légère déception au niveau des chiffres trimestriels d'Altice, dont les marges et parts de marché sont sous pression en France, s'est ainsi muée en véritable dégringolade boursière (-55%) en raison d'une dette de 50 milliards. L'apaisement des tensions entourant la dette des émetteurs très spéculatifs (note B comme Altice) est donc une aubaine pour le géant des télécoms bâti à coups d'acquisitions.

Dans le classement du pire, Altice s'est toutefois fait dépasser par Steinhoff (-94% en 2017). Le distributeur d'origine sud-africaine a multiplié les acquisitions : l'enseigne française d'ameublement Conforama en 2011, le discounter britannique Poundland en 2016 et le leader américain de la literie Mattress Firm en 2016. Il a ainsi accumulé une importante dette qu'il risque désormais de ne plus parvenir à financer. Steinhoff a en effet admis que plusieurs de ses lignes de crédits avaient été fermées à la suite d'un scandale comptable. Le titre est donc devenu extrêmement spéculatif.

Changement d'année et de tendance ?

Il est ainsi sans doute moins risqué de miser d'autres retardataires européens. Dialog Semiconductor (37%) a été plombé par l'annonce qu'Apple développerait ses propres puces d'économie d'énergie mais intéresse visiblement le leader chinois Tsinghua qui a augmenté sa participation à 8,15%.

Centrica (-41% en 2017) a plongé après un avertissement sur résultats, ne permettant pas au groupe britannique de participer au redressement du secteur de l'électricité et du gaz en Europe. Centrica pourrait toutefois refaire son retard en 2018 alors que ce sont surtout ses (petites) activités nord-américaines qui ont plombé ses résultats et qu'il a essentiellement perdu des clients peu rentables au Royaume-Uni. La concurrence pourrait de plus s'y faire moins vive avec la fusion des activités britanniques de SSE et Innogy. À noter que Centrica cote désormais moins de 10 fois le bénéfice attendu en 2018.

Les opérateurs de satellites Inmarsat et SES ont également connu une année difficile en 2017 (-36%) sur fond (de craintes) de surcapacités et de chiffres décevants. L'accélération de la croissance économique mondiale devrait toutefois soutenir la demande. Le secteur compte en effet de nombreux débouchés : services télécoms, chaînes à péage, compagnies aériennes